Davantage d’eau, de fruits et de légumes mais aussi plus d’alcool et de boissons sucrées : les températures extérieures plus élevées sont associées à des modifications alimentaires à la fois favorables et défavorables. Toutefois, ces dernières pourraient concerner davantage les populations jeunes et défavorisées.
Nous l’avons tous expérimenté ces derniers étés : les vagues de chaleur modifient les habitudes de vie et certains comportements associés à la santé (activité physique, sommeil…). Alors que les températures moyennes s’élèvent en France et que les épisodes de canicule se multiplient, des chercheurs ont voulu documenter les modifications des consommations alimentaires associées aux variations de température extérieure. Ils ont pour cela utilisé les données alimentaires déclarées par plus de 100 000 participants de la cohorte Nutrinet-Santé entre 2009 et 2023 et les ont croisées avec les températures quotidiennes relevées par Météo-France au plus près du lieu de résidence de chaque Nutrinaute, obtenant ainsi plus d’1,7 millions d’enregistrements alimentaires associés à une température.
Alimentation et température : des relations variables selon le profil socio-professionnel
Les résultats montrent qu’une augmentation de la température extérieure est associée, en moyenne, à une consommation plus élevée de fruits, légumes, et eau, mais aussi de boissons alcoolisées, boissons sucrées et produits sucrés ; et plus faible de viande rouge, légumineuses et produits laitiers. Toutefois, des différences apparaissent selon le statut socio-économique/la catégorie socio-professionnelle. Par exemple, le cluster1 « Employés » connaît la plus grande hausse de consommation de boissons alcoolisées (+ 14 % quand la température est de 35°C versus 25°C) et, avec le cluster « Jeunes », la plus forte hausse de consommations de boissons sucrées (+ 24 % et + 29 % respectivement, entre 25 et 35°C). Les augmentations de consommation de légumes sont moins marquées dans les clusters des « Employés » et « Désavantagés » ; celles de fruits moins marquées dans le cluster « Jeunes », etc.
Les chercheurs notent ainsi que les modifications alimentaires associées à la hausse des températures pourraient renforcer les inégalités sociales en matière de nutrition et de santé. Ils recommandent des campagnes de santé publique pendant les vagues de chaleur encourageant la consommation d’eau pour l’hydratation et la consommation de fruits et légumes, et le renforcement des mesures limitant la promotion des produits et boissons sucrées et des boissons alcoolisées.
Source : Kesse-Guyot E, Berlivet J, Meyer E, Julia C, Fezeu LK, Touvier M, Hercberg S, Meirhaeghe A, Baudry J. The relationship between food intake and outdoor temperature in a longitudinal study: a public health perspective in the context of global warming. Am J Clin Nutr. 2026 Jul 10;124(3):101430. doi: 10.1016/j.ajcnut.2026.101430.
1 Six clusters étaient établis à partir de 3 variables (niveau d’éducation, revenu et activité) selon la méthode de l’analyse des correspondances multiples pondérée – Cluster 1 : « Employés » ; Cluster 2, « Privilégiés » ; Cluster 3, « Intermédiaires » ; Cluster 4, « Jeunes » ; Cluster 5, « Désavantagés » ; Cluster 6, « Retraités ».