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Macronutriments : repenser leurs effets combinés plutôt qu’isolés

Alors que les macronutriments sont souvent étudiés de façon isolée, une revue australienne prône l’adoption d’approches considérant plutôt leurs mélanges et interactions, qui refléteraient davantage la réalité des consommations et permettraient de résoudre de nouvelles questions de nutrition.

À la fois sources d’énergie et impliqués dans un large éventail de fonctions physiologiques – sensorielles, digestives, métaboliques, immunitaires, nerveuses…–, les macronutriments sont largement associés à la santé tout au long de la vie. L’approche prédominante en nutrition pour étudier leurs effets a consisté à les considérer individuellement plutôt qu’en interaction les uns avec les autres. Une équipe australienne consacre une revue aux études s’étant spécifiquement intéressées aux effets de mélanges de macronutriments dont les proportions et la qualité varient. Ces travaux demeurant relativement rares chez l’Humain, des études sur modèles animaux sont aussi considérées.

Des appétits spécifiques pour les macronutriments ?

Les chercheurs s’intéressent tout d’abord aux interactions entre les macronutriments dans le contexte de la régulation de leurs apports respectifs via l’alimentation. Des « appétits » spécifiques pour les macronutriments ont été documentés chez différentes espèces ; ils reposeraient sur un ensemble de mécanismes homéostatiques et hédoniques qui permettraient d’atteindre des apports nutritionnels « cibles » nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme. Selon les chercheurs, ces appétits spécifiques pour les différents macronutriments pourraient entrer en compétition quand le régime est déséquilibré. L’atteinte des apports cibles en protéines serait alors généralement priorisée par rapport aux glucides et aux lipides : ce sont les seules sources d’azote exogène et d’acides aminés indispensables, et contrairement aux deux autres macronutriments, l’organisme ne peut les stocker. Cette priorisation des protéines serait particulièrement marquée chez les primates, chez qui l’on n’observe quasiment aucune déviation des apports protéiques par rapport à la cible (alors que les apports en glucides et lipides apparaissent beaucoup plus variables).

Chez l’Humain, les données expérimentales relatives aux appétits spécifiques pour les macronutriments restent relativement limitées, avec toutefois des données plus étoffées concernant les protéines. Les quantités absolues de protéines consommées se révèlent en effet relativement stables à travers les différents types de régimes consommés dans le monde, comme le montre une compilation de 44 essais ayant fait varier les proportions de macronutriments dans le régime. Ces régimes se distinguent toutefois par leur niveau de dilution des protéines, celles-ci pouvant représenter de 10 à 30 % de l’apport énergétique total. La variable d’ajustement pour atteindre la quantité absolue de protéines devient alors l’apport énergétique total. Ce phénomène constituerait le socle de ce que certains nomment l’hypothèse de levier protéique (Protein Leverage Hypothesis, voire notre précédent article à ce sujet), selon laquelle la dilution des protéines dans l’alimentation moderne actuelle pourrait contribuer à la surconsommation énergétique.

Les ratios de macronutriments façonnent l’environnement intestinal

Au-delà du comportement alimentaire, de nombreux effets interactifs des macronutriments sont documentés au niveau intestinal. Les cellules entéroendocrines répondent ainsi à l’arrivée de cocktails variables de macronutriments par des sécrétions hormonales hautement régulées (par exemple, peptides impliqués dans la formation du rassasiement/de la satiété : cholécystokinine, peptide YY, glucagon-like peptide-1…), dépendantes de la nature et de la quantité des macronutriments.

Le microbiote intestinal voit également sa composition microbienne évoluer selon le profil de macronutriments du régime. Chez l’Humain, les fibres et dans une moindre mesure les protéines, exerceraient les effets les plus déterminants.

Espèce, tissu, âge, sexe… un ratio « optimal » hautement variable

Les ratios de macronutriments dans le régime sont également associés à la modulation de nombreux paramètres de santé au niveau systémique, comme les marqueurs cardiovasculaires ou encore les populations de cellules immunitaires, pour reprendre les exemples documentés par les chercheurs. Les ratios de macronutriments consommés pendant la gestation/grossesse peuvent également exercer des effets transgénérationnels (ex. trajectoires de poids modifiées dans la descendance). Les chercheurs attirent l’attention sur le fait que les effets fonctionnels d’un ratio donné de macronutriments varient selon l’espèce et, chez une même espèce, selon le tissu/système biologique considéré, l’âge, le sexe et les conditions environnementales et individuelles.

Enfin, la qualité des macronutriments (glucides simples versus complexes, degré de saturation et longueur de chaîne des acides gras, types d’acides aminés, origine animale versus végétale) vient également bien entendu moduler ces effets. Parmi les illustrations des chercheurs : une étude rassemblant les données de mortalité de 101 pays a ainsi observé qu’une forte disponibilité en protéines d’origine animale était associée à une meilleure survie au début de la vie (< 15 ans), tandis qu’une forte disponibilité en protéines d’origine végétale et une faible disponibilité en lipides étaient associées à une meilleure survie par la suite (voir notre précédente brève).

En conclusion, les chercheurs estiment que les approches considérant les équilibres entre macronutriments plutôt que leurs effets isolés devraient être plus largement adoptées dans la recherche en nutrition. Ce type d’approche, en plus de refléter davantage la réalité des consommations, propose un cadre permettant d’examiner les interactions complexes. Il pourrait permettre de résoudre certaines controverses et de formuler de nouvelles hypothèses pouvant être testées expérimentalement.

Source : Simpson SJ, Le Couteur DG, Small L et al. Macronutrient mixtures and interactions in health and disease. Nat Rev Endocrinol (2026). https://doi.org/10.1038/s41574-026-01266-5.