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Au-delà des fibres : quel rôle des composés phénoliques des céréales dans la santé métabolique ?

Au-delà des β-glucanes, d’autres composés présents dans l’avoine pourraient contribuer à ses effets hypocholestérolémiants. Des travaux récents mettent en lumière le rôle potentiel des dérivés phénoliques produits par le microbiote intestinal.

Les effets hypocholestérolémiants de l’avoine sont généralement attribués aux béta-glucanes de cette céréale1, qui réduisent l’absorption du cholestérol intestinal et le recyclage des acides biliaires. Et si d’autres composés de l’avoine participaient à l’amélioration du métabolisme lipidique ? Telle est l’hypothèse que des chercheurs de l’Université de Bonn en Allemagne ont testée à travers une série de travaux, dont deux essais randomisés contrôlés (RCT) chez l’Homme. Les chercheurs se sont plus particulièrement intéressés aux métabolites produits par le microbiote intestinal à partir des phénols contenus dans l’avoine, qui suscitent l’intérêt de la communauté scientifique depuis quelques années.

 

Des régimes enrichis en avoine testés dans deux RCT

Dans un premier essai, 17 adultes devaient consommer pendant deux jours un régime (hypocalorique) riche en avoine (3 x 100 g chaque jour), sous forme de repas de porridge (agrémenté de fruits ou légumes), tandis que 17 témoins suivaient un régime (également hypocalorique) sans avoine, présentant des teneurs équivalentes en macronutriments.

Dans un second essai, 17 adultes recevaient pendant 6 semaines une portion de 80 g d’avoine par jour, à consommer sous forme de porridge, smoothie, gâteau, etc., tandis que 17 témoins continuaient de consommer leur alimentation habituelle (Western diet).

Tous les sujets présentaient un syndrome métabolique, caractérisé par une obésité abdominale et au moins deux autres troubles métaboliques (élévation de la pression artérielle, intolérance au glucose, dyslipidémie…).

 

Des dérivés phénoliques microbiens associés aux améliorations métaboliques

Les résultats obtenus, en particulier au cours du régime « intensif » en avoine de 2 jours2, corroborent l’hypothèse d’un effet des composés phénoliques produits par le microbiote dans l’amélioration du profil lipidique sanguin. En effet, ce régime:

  • entraîne une réduction du cholestérol total et LDL ;
  • conduit à une augmentation des taux plasmatiques d’acide férulique (un phénol présent dans l’avoine) et d’un de ses dérivés microbiens majeurs, l’acide dihydroférulique (DHFA), ainsi que d’autres dérivés phénoliques produits par le microbiote (2-acétamidophénol sulfate, 2-aminophénol sulfate, 4-hydroxyhippurate, 4-vinylphénol sulfate, vanilloylglycine) ;
  • module la composition du microbiote intestinal des sujets, qui se différencie de celle du groupe témoin, en faisant notamment émerger un genre bactérien spécifique, appelé Erysipelotrichaceae UCG-003.

Des associations statistiquement significatives sont observées entre ces différents changements : en particulier, la réduction des taux de cholestérol ressort comme associée à l’augmentation des taux sanguins des composés phénoliques ; ces taux apparaissent eux-mêmes associés à l’abondance du genre Erysipelotrichaceae UCG-003 ; celle-ci étant aussi associée à la réduction du cholestérol sanguin ; etc. Selon les modèles de régression, l’augmentation des composés phénoliques sanguins expliquerait 13,6 % de la réduction des taux de cholestérol.

 

Les effets du DHFA observés in vitro sur le métabolisme du cholestérol

Pour aller plus loin, les effets du DHFA ont ensuite été testés sur des cellules humaines in vitro. Ce composé s’y révèle capable de moduler le métabolisme du cholestérol : notamment, le DHFA semble réduire la synthèse de novo des esters de cholestérol dans des cellules hépatiques ; et réduire l’incorporation cellulaire de cholestérol et son estérification dans d’autres lignées de cellules.

Quoi qu’il en soit des mécanismes d’action, les chercheurs invitent à continuer d’explorer le potentiel des interventions nutritionnelles à base d’avoine pour réguler les troubles métaboliques associés à l’obésité comme les dyslipidémies.

 

 

Source : Klümpen L, Mantri A, Philipps M, Seel W, Schlautmann L, Yaghmour MH, Wiemann V, Stoffel-Wagner B, Coenen M, Weinhold L, Hasenauer J, Fließwasser T, Burgdorf S, Thiele C, Stehle P, Simon MC. Cholesterol-lowering effects of oats induced by microbially produced phenolic metabolites in metabolic syndrome: a randomized controlled trial. Nat Commun. 2026 Jan 14;17(1):598. doi: 10.1038/s41467-026-68303-9.

2 Quelques effets sont aussi observés pour le régime modéré en avoine à plus long terme (essai 2) mais dans une moindre mesure.