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Sensibilité non cœliaque au gluten : une revue fait le point

En 2025, alors que 10 % de la population se plaint de troubles liés à l’ingestion de gluten, les scientifiques s’accordent-ils sur l’existence d’une condition clinique impliquant ce composé du blé autre que la maladie cœliaque ?

Dix pour cent de la population mondiale rapporte des effets indésirables liés à la consommation de gluten ou de produits dérivés du blé. Pourtant, la maladie cœliaque (ou intolérance au gluten), qui correspond à un diagnostic clinique bien défini, ne concerne que 1 % des individus. L’existence d’une sensibilité au gluten en dehors de la maladie cœliaque (ou d’une allergie au blé) en tant qu’entité clinique distincte fait ainsi l’objet de nombreux débats. Des chercheurs et cliniciens en gastroentérologie, médecine clinique et sciences des aliments publient dans The Lancet un état des connaissances à date sur la sensibilité non cœliaque au gluten.

Ni mécanisme, ni biomarqueur, ni portrait homogène

De nombreuses incertitudes empêchent aujourd’hui de considérer la sensibilité non cœliaque au gluten comme une entité clinique reconnue. En premier lieu, contrairement à la maladie cœliaque, il n’existe ni mécanisme physiopathologique identifié, ni biomarqueur ou test diagnostique reconnu. La présentation clinique est hautement variable chez les individus rapportant une sensibilité au gluten, avec des manifestations gastro-intestinales telles que ballonnements, douleurs intestinales, diarrhées et constipation, mais aussi des symptômes plus généraux tels que maux de tête, fatigue, brouillard mental, etc.

Une superposition avec d’autres troubles de l’axe intestin-cerveau

Par ailleurs, les rares essais bien menés (randomisés contrôlés contre placebo et en double aveugle), réalisés pour tester les effets propres du gluten : 1/ suggèrent l’implication d’autres composés que le gluten, en particulier les FODMAPS1, dans les effets indésirables décrits par les patients ; 2/ démontrent des effets liés aux attentes des sujets sur la teneur en gluten (effet nocebo2) plutôt qu’au contenu réel en gluten. L’existence d’effets nocebo et la coexistence avec d’autres intolérances alimentaires (souvent associées en cas de sensibilité au gluten) rapportée par les patients amènent les chercheurs à suspecter le rôle d’une sensibilité viscérale altérée et d’une composante psychologique à la maladie comme c’est le cas pour d’autres maladies désormais désignées sous le terme de troubles de l’interaction intestin-cerveau (anciennement troubles fonctionnels gastro-intestinaux), comme le syndrome de l’intestin irritable.

A noter, l’existence d’un effet nocebo ou d’une composante psychologique n’invalide en aucun cas les symptômes ressentis par les patients, dont la qualité de vie peut être parfois grandement altérée. En outre, l’exclusion de produits contenant du gluten, parfois associée à d’autres exclusions alimentaires (fruits, légumes, produits laitiers), peut engendrer des risques de déficits nutritionnels pour les patients, qui doivent donc être accompagnés par les professionnels de santé.

L’accompagnement des patients reste primordial

Face à un patient rapportant des symptômes associés à l’ingestion de gluten, les chercheurs recommandent ainsi une démarche en trois phrases : une première étape d’entretien avec le patient, documentant les symptômes, les antécédents familiaux, les évitements alimentaires, la santé psychologique (ex. anxiété…) ; une seconde étape visant à rechercher des diagnostics alternatifs, comme une réelle maladie cœliaque, une allergie au blé, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin ou le syndrome de l’intestin irritable ; une troisième étape testant l’implication réelle du gluten dans les symptômes (retrait du gluten, réintroduction, rôle des FODMAPS…). Sur le long terme, le suivi nutritionnel du patient est recommandé, et un accompagnement psychologique peut être considéré chez certains patients. Les chercheurs attirent enfin l’attention des cliniciens sur les effets insidieux du discours ambiant sur la sensibilité au gluten, porté par des intérêts commerciaux d’un marché colossal en pleine expansion, à même d’influencer les perceptions des patients, des praticiens, et sur un autre plan, la définition des directions de recherches. Les chercheurs appellent ainsi à poursuivre les recherches indépendantes et bien construites sur le sujet afin notamment d’identifier les composés impliqués dans les symptômes décrits par les patients.

Source : Biesiekierski JR et al. Non-coeliac gluten sensitivity. The Lancet, Volume 406, Issue 10518, 2494 – 2508.

1 Fermentable Oligo-, Di-, Mono-saccharides And Polyols

2 effets psychologiques et/ou physiologiques délétères liés à la prise d’une substance inerte, n’ayant aucune action pharmacologique documentée (source : Canal detox Inserm)